Dans le premier article des Carnets de l’Atelier, je vous ai ouvert les portes de mon atelier. Je vous ai parlé de ce qui m’inspire, de mon métier d’artisane et de toutes ces petites étapes qui se cachent derrière une création en bois.
Mais il y a une partie de l’histoire de l’Usinette Bleue que je ne vous avais encore jamais racontée, parce qu’elle est plus personnelle. Il m’a fallu du temps pour réussir à mettre des mots dessus.
Quand la passion devient un rythme
Lorsque j’ai créé l’Usinette Bleue, je ne pensais pas que cette aventure prendrait une telle place dans ma vie.
Au départ, il y avait simplement le plaisir de créer. Imaginer une nouvelle idée. Ouvrir une page vide de mon logiciel, chercher la bonne courbe, le bon équilibre, modifier un détail jusqu’à ce qu’il me semble juste. Puis voir cette idée prendre vie dans le bois.
Petit à petit, les commandes sont arrivées. De plus en plus nombreuses. Ce qui était au départ une passion est devenu une véritable petite entreprise. Une aventure dont je suis incroyablement fière.
Mais sans vraiment m’en rendre compte, je me suis laissée emporter par le rythme. Je voulais répondre à toutes les demandes, créer toujours plus, imaginer sans cesse de nouveaux produits. Être présente partout.
Les journées défilaient. Les commandes aussi, et l’atelier ne s’arrêtait jamais. Sur le moment, je pensais simplement faire ce qu’il fallait. Avec le recul, je réalise surtout que je me suis oubliée en chemin.
Puis la vie m’a demandé de ralentir
En parallèle, ma santé est devenue de plus en plus difficile à gérer. Après plusieurs années de douleurs, j’ai dû prendre une décision importante : subir une hystérectomie. C’était la bonne décision et une décision nécessaire, même si cela ne l’a pas rendue plus facile.
Au-delà de l’opération, il y avait ce deuil que j’avais pourtant vu venir : celui de ne plus pouvoir avoir d’autre enfant. On imagine que ce genre de blessure s’efface avec le temps. En réalité, on apprend surtout à vivre autrement. Et pendant longtemps, je n’ai pas réussi à mettre des mots sur ce que je ressentais vraiment.
Quand créer devenait douloureux
À cette époque, l’Usinette Bleue était entièrement tournée vers l’univers des bébés et des jeunes enfants. Je continuais à fabriquer chacune de vos commandes avec le même soin, mais créer est devenu beaucoup plus compliqué.
Chaque annonce de grossesse. Chaque naissance. Chaque nouvelle idée que j’essayais de faire naître… Tout cela réveillait une émotion que je ne savais pas encore apprivoiser.
Alors, petit à petit, les nouvelles créations se sont faites plus rares. Je continuais à fabriquer. Je continuais à travailler. Mais je n’avais plus cette petite étincelle qui me donnait l’envie de créer quelque chose de nouveau.
Pendant longtemps, j’ai cru que j’avais perdu ma créativité.
Avec le recul…
Aujourd’hui, je crois que ce n’était pas la créativité qui avait disparu. C’était simplement moi qui avais besoin de temps, pour guérir, accepter, et retrouver le plaisir.
Parce que la créativité ne se force pas.
J’ai longtemps pensé qu’il fallait toujours produire davantage, imaginer une nouvelle collection, sortir un nouveau produit, etc. Aujourd’hui, je vois les choses autrement.
Je préfère créer moins, mais créer avec envie. Créer parce qu’une idée me fait sourire, ou parce qu’un projet m’enthousiasme.
Une nouvelle boussole
Ces derniers mois, une petite phrase s’est doucement imposée à moi. Elle est devenue ma façon de voir les choses.
Ma place d’abord. Le plaisir toujours. L’abondance ensuite.
Pendant longtemps, j’aurais probablement mis ces mots dans un autre ordre. J’aurais cherché l’abondance avant tout. Aujourd’hui, je crois exactement l’inverse.
Si je suis à ma place, si je prends plaisir à créer, alors le reste viendra naturellement.
Un nouveau chapitre
Si vous avez l’impression que l’Usinette Bleue évolue en ce moment, c’est parce que moi aussi, j’évolue. L’envie de créer est revenue, mais avec plus de liberté, et de manière plus fidèle à ce que j’ai envie de construire aujourd’hui.
Mon atelier recommence doucement à se remplir d’idées. Mon ordinateur aussi. Les prototypes reviennent sur l’établi et, surtout, je retrouve le plaisir d’expérimenter.
Je ne cherche plus à créer pour suivre une tendance. Je cherche simplement à créer des objets qui me ressemblent.
Et depuis quelques mois, une machine prend de plus en plus de place dans mon atelier : la CNC. Elle est en train de transformer ma façon de concevoir mes créations, d’ouvrir de nouvelles possibilités et, finalement, de redonner un nouvel élan à l’Usinette Bleue.
Je vous raconterai tout cela dans un prochain article.
À très bientôt dans les Carnets de l’Atelier.
Blandine

Merci pour ce partage tout en douceur et en vérité. Parfois, c’est bien de mettre des mots sur son mal. Cela ne le guéri pas mais cela aide à le comprendre. Si nous étions des esprits évolués, nous comprendrions totalement notre corps et cela nous permettrait certainement de vivre une vie plus heureuse, mais hélas, nous ne sommes que des humains et pas des esprits mais finalement c’est peut-être un bien !
La création humaine est infinie et ne se limite pas à la conception. Nos meilleures pensées t’accompagnent dans cette « nouvelle vie ».